Actualité Régionale de CAP 21 en Région Centre
La manifestation des victimes ou plutôt familles de victimes de l'amiante m'a bouleversé et en même temps révolté. Bouleversement de voir ces cohortes de morts potentiels et de familles touchées dont nos pouvoirs publics et les professionnels de l'amiante sont responsables. Il fait beau entendre aujourd'hui la ritournelle de ces responsables: tout le monde savait.
C'est faux : ils savaient et ont continué en toute connaissance de cause, alimentant des comités théodule pour empêcher toute interdiction et de pseudos débats scientifiques sur l'"incertitude" quant aux méfaits de l'amiante.
A cette première injustice criante, s'en ajoute une seconde: celle de ne pas parvenir à faire juger ces mêmes responsables , alors que le Conseil d'Etat a reconnu voici deux ans la faute lourde de l'Etat dans l'absence d'interdiction en 1977 de l'amiante.
Quand les moyens seront-ils donnés à notre justice pour fonctionner en toute indépendance avec des moyens suffisants. la création du pôle santé-environnement peut être un progrès à la condition que le Parquet conquiert son indépendance et que les dossiers ne soient pas systématiquement retirés à la magistrate la plus pugnace au bénéfice d'une autre connue pour son taux particulièrement élevé de non-lieu.
Comment admettre qu'après tant d'années, aucun procès pénal n'ait encore eu lieu.
La révolte est d'autant plus grande que tout continue puisque cette impunité de fait encourage à persévérer pour les nouveaux sujets qu'ils s 'appellent téléphonie mobile, OGM, ou pesticides. De rapports cachés au nom du secret industriel en rapports télécommandés par l'industrie elle même, nous continuons à tourner le dos au principe responsabilité et au principe de précaution. nous continuons à faire peser sur les années qui viennent le poids sanitaire, économique et moral des présupposés de certains dont les intérêts ne sont que trop évidents.
Combien d'affaires de l'amiante faudra t-il compter avant que les critères de choix ne changent? Il est évident qu'il y a un lien étroit entre le retard à juger et la poursuite d'une politique délibérée de faire l'impasse sur les "dégats" du progrès.
Combien de temps la société française acceptera-t-elle de le supporter?
Corinne Lepage